16.05.2012

Initiative de l'ASIN

Nous voterons prochainement sur le fait de soumettre tout accord international « important » au peuple. Alors bien sûr, cette initiative de l’ASIN provient de milieux réactionnaires dont nous combattons les idées, et qui combattent les nôtres. Sans doute a-t-elle été lancée avec des buts non avoués : nous ne sommes pas dupes. Reste qu’un texte doit être analysé pour lui-même.

La quasi-totalité de la classe politique, gauche PS-Verts comprise, rejette cette proposition. Or les raisons évoquées laissent parfois perplexe : augmentation des coûts administratifs, scrutins supplémentaires qui feraient baisser la participation, voire augmentation des frais de campagne pour les partis… On peine, franchement, à être convaincu par ces arguments.

La réalité est plus crue : une partie de la classe politique et des milieux économiques craint que ce renforcement de la participation populaire n’infléchisse la politique dans un sens qui ne leur convient pas. A gauche, l’engagement très important d’Economiesuisse contre l’initiative devrait pourtant faire réfléchir.

D’un point de vue politique, il est par ailleurs problématique de laisser la droite dure réaliser un hold-up sur la démocratie directe ; en appelant à refuser le texte, PS et Verts donnent un mauvais signal. Pourtant, l’extension de la participation populaire a toujours été, et doit rester, au cœur d’un programme de gauche. Y compris lorsque le peuple fait des choix qui ne sont pas les nôtres.

Il en va de même de la question de la souveraineté, désormais taboue à gauche. Est-il donc choquant de s’engager en faveur de celle-ci ? Pourquoi ce qui est bon et souhaitable partout ailleurs deviendrait suspect ici ? Dans l’Union européenne, les Etats ont délégué des pans extrêmement importants de leur souveraineté politique et monétaire à Bruxelles, et nous devrions considérer cela en modèle ? L'autodétermination, c'est à dire la possibilité pour un Etat de légiférer de manière autonome et de battre monnaie, est un concept incontestablement progressiste. Ici aussi, laisse la droite dure s'approprier ce thème constitue une faute politique majeure.

Julien Sansonnens

09.05.2012

Breivik n'existe pas

Le service de renseignements de la Confédération vient de publier une liste des menaces pesant sur la Suisse, classées par degré de dangerosité. Parmi les éléments les plus préoccupants figurent l’extrémisme de gauche, l’espionnage économique et le printemps arabe. L’extrémisme de droite est classé à un niveau d’alerte inférieur.

On croit rêver : alors que partout en Europe, l’extrême-droite se renforce, alors que le norvégien Breivik – au nom de la « lutte anti-marxiste » -- a tué 77 innocents, alors qu’un mouvement néonazi fait son entrée au parlement grec, alors que la crise sociale s’aggrave et nourrit les tensions, les fins limiers des renseignements continuent d’appliquer le logiciel de la guerre froide et de l’insurrection gauchiste en Suisse. S’agit-il simplement d’incompétence, ou plus probablement d’un déni de réalité alimenté par un étouffement idéologique ?

Quelques encagoulés, plus vociférant que dangereux, seraient donc plus menaçant pour notre ordre social que des milieux d’extrême-droite aux effectifs bien plus fournis, parfaitement structurés sur Internet, et prêt à faire couler le sang comme en Norvège ou à Oklahoma City ?

Cette analyse des menaces n’est pas uniquement grotesque : elle est irresponsable, dans la mesure où elle témoigne d’une méconnaissance des véritables enjeux actuels qui ne peut qu’affaiblir notre niveau de protection.

Cette situation choquante a même poussé le PDC Luc Barthassat à s’inscrire en faux contre les conclusions du rapport ; même à droite, les phantasmes antibolchéviques de quelques « experts » fédéraux ne passent plus. Ces derniers seraient bien inspirés d’entrer dans le XXIe siècle et de revoir leur copie. 
 
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22.03.2012

Livre "Le Comité suisse d'action civique (1948-1965)"

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J'ai le grand plaisir de vous annoncer la sortie de mon premier livre aux Editions de l'Aire: "Le Comité suisse d'action civique (1948-1965), avec une préface de Luc van Dongen, de l'Université de Fribourg.

Fondé au lendemain du Coup de Prague, le Centre National d’Information – devenu Comité suisse d’action civique en 1953 – aura eu pour unique objectif la lutte contre le communisme en Suisse, sous toutes ses formes. Structurée autour de Marc-Edmond Chantre, ancien de l’Union nationale fasciste et homme de réseaux, cette officine privée a procédé au fichage de nombreux militants, syndicalistes, intellectuels ou honnêtes travailleurs, tous suspectés de « menées subversives ». Au sein du CSAC siégeaient les élites économiques, politiques et militaires helvétiques : Raymond Deonna, directeur de la Société pour le Développement de l’Economie Suisse – qui deviendra economiesuisse – y côtoyait le Conseiller fédéral Paul Chaudet ou le colonel-brigadier Roger Masson, un proche du Général Guisan.

Financé par le patronat et entretenant des relations avec les réseaux mondiaux de l’anticommunisme, le bureau de Marc Chantre n’hésita pas à recourir à des méthodes particulièrement problématiques en démocratie, allant de l’utilisation d’indicateurs au « mouchardage » de membres du POP auprès de chefs d’entreprises romands. Si les milieux de gauche étaient particulièrement surveillés, certains journalistes jugés complaisants à l’égard des thèses progressistes figuraient également dans les dossiers de Chantre : la radio, puis la nouvelle Télévision suisse romande ont ainsi fait l’objet d’une attention particulière, dans un contexte de crainte d’une « infiltration communiste » des médias.

A travers cet ouvrage, l’auteur nous propose une véritable plongée au cœur de la « Guerre froide helvétique », un pan encore peu connu de notre histoire contemporaine. En restituant le climat idéologique des années cinquante et soixante, il questionne également le présent, à l’heure où de nouvelles affaires de fichage de militants de gauche ont été révélées.

Cet ouvrage peut être commandé, au prix de CHF 25.- sur le site des Editions de l'Aire. Vous pouvez également le trouver en librairie, dès le mercredi 21 mars.