07/09/2017

Nouvelle revue littéraire "La cinquième saison"

Une nouvelle revue littéraire romande ?

Animée par une dizaine de personnes passionnées de littérature et de création, l’association des amis de la Cinquième saison, qui éditera la revue, a été créé au printemps 2017. L’association, dont le siège est situé à Vevey, est ouverte à toutes les plumes, d’ici ou d’ailleurs.

A l’heure où fondent les pages culturelles, La cinquième saison se propose d’abattre quelques cloisons tout en ménageant de l’ombre. Chaque trimestre, elle invite des plumes de tous bords à se prêter au jeu de la contrainte et de la chronique.

Nouvelles, portraits et fragments, récits de voyage et tribunes libres, autant de genres qu’elle brandit aux côtés des trésors dormant dans les tiroirs des éditeurs. Préférant l’éclectisme à l’élitisme, elle veut éperonner la création et nourrir le débat pour offrir aux lettres romandes la scène qu’elles méritent.

Dans un contexte où la presse romande remplit de moins en moins son rôle de valorisation de la création littéraire, nous souhaitons offrir un espace d’expression et de critique dans lequel auteurs et lecteurs peuvent se rencontrer. Cette nouvelle revue ouvrira largement ses colonnes à toute personne intéressée par la création littéraire en Suisse romande.

La cinquième saison lance une souscription. Abonnez-vous dès aujourd'hui, et soutenez cette nouvelle revue !

27/07/2017

Rebelle, de Alain Bagnoud

Saint-Luc, dans le Val d’Anniviers: Jérôme Saint-Fleur, journaliste culturel un peu largué, croise la route du guitariste Bob Marques, légende du blues tombée en désuétude.  La rencontre va replonger Jérôme dans un passé à la fois personnel et collectif: à travers le personnage de sa mère Luce, Bagnoud solde les comptes des utopies seventies, tire le portrait d’une époque où tout devait changer. Que reste-t-il des rêves enfumés d’alors ? L’auteur semble renvoyer dos à dos les traîtres et les naïfs, pareillement coupables de n’avoir pas su se sortir convenablement de cette époque si singulière. Les premiers se sont embourgeoisés: les plus cyniques ont habillement su utiliser leurs convictions d’alors pour faire fructifier leur petite affaire, qu’il s’agisse de s’enrichir ou d’accéder à des responsabilités politiques. Les naïfs, nostalgiques d’utopies désormais déclarées obsolètes, ne trouvent guère mieux grâce aux yeux de Bagnoud, qu’il s’agisse du destin de de Luce, aigrie, incapable finalement de vivre dans le présent et en proie à une forme de déchéance physique, ou de ces adeptes d’un quelconque gourou newage, lequel d’ailleurs finira aussi mal que l’époque. Caricatures ?

Comme toujours chez Bagnoud, le livre nous parle du Valais, et c’est sans doute l’un de ses points forts. L’auteur sait raconter cette terre de contrastes et de contradictions: se souvient-on par exemple (l’auteur n’en parle pas) que l’un des premiers festivals babacool de Suisse se tint, quatre ans avant le premier Paléo, sur les hauteurs de Saxon, dans la forêt de Sapinhaut ? On salue chez Bagnoud ce souci du détail qui va de pair avec l’économie de mots, caractéristique de son style. Et l’auteur sait transmettre cette tendresse critique à l’égard de son canton d’origine, son goût des paysages, son regard sans concessions mais toujours empreint d’une certaine nostalgie des origines. Pour Bagnoud, le Valais est à la fois terre de liberté, d’authenticité (une superbe évocation, très poétique, d’un lever de soleil) et terre de repli en cas de coup dur.

Si Rebelle nous parle d’abord de la « fin des idéologies », le livre aborde également la thématique de l’absence du père, même si on peut regretter ici un certain flou, peut-être volontaire, dans la caractérisation des émotions vécues par Jérôme; la quête semble parfois ne servir que de prétexte à la mise en scène de nombreux personnages, qui tous renvoient aux années septante.

Le kiosque du milieu est un petit chalet à double toit situé derrière une placette. Il accueille des tourniquet à cartes postales, des livres d’occasion et des lunettes de soleil, propose de la presse, des souvenirs et quelques livres. La plupart des romans exposés m’ont passé entre les mains. Il y a quelques jours, comme chaque mois de septembre, nous avons annoncé la rentrée littéraire en l’illustrant par une photo d’Amélie Nothomb avec un chapeau excentrique; ensuite nous signalerons le résultat des prix littéraires. Pour le reste, le groupe de presse héberge des blogs, c’est ce que nous expliquons aux écrivains. Ouvrez un blog, vous pourrez parler tant que vous voulez des livres, les vôtres ou ceux de vos amis.

Avec Rebelle, le guitariste Alain Bagnoud propose un roman complexe, sorte de blues littéraire un brin désabusé qui nous parle d’hier, et donc d’aujourd’hui.

Alain Bagnoud
Rebelle
Ed. de l’Aire, 2017
272 pp. 

L’auteur: Alain Bagnoud est né en 1959 à Ollon sur la Commune de Chermignon (VS). Marié et père de quatre enfants, il vit et travaille à Genève. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages parus aux éditions de l’Aire, principalement des romans. Son livre Transports en 2011 a eu un excellent écho, tant public que critique.

14/06/2017

Les parricides, de Sabine Dormond

Les éditions lausannoises BSN Press ont lancé récemment une nouvelle collection « uppercut », consacrée au sport. Dans l’esprit des productions antérieures, les textes sont volontiers brefs, percutants, parfois aussi noirs que les couvertures iconiques qu’ils habillent. Les parricides de Sabine Dormond fait partie de la première série de quatre « microromans » parus sous cette bannière.

Vincent est un enfant taiseux et secret; sa maîtrise très précoce des mathématiques ne manque pas d’étonner. Sabine Dormond brosse avec talent le portrait d’un enfant que le génie handicape, quand bien même le format très court du récit ne permet pas de véritable plongée dans les abîmes de sa psychologie.

Emilie, la mère de Vincent, est tombée enceinte alors qu’elle était lycéenne. A mesure que l’enfant acquiert de nouvelles capacités de calcul, Emilie s’interroge sur la part d’inné chez son fils: que doit-il à ce père presque inconnu ? A travers plusieurs générations, Dormond travaille la thématique de l’abandon; comment se construire sur une absence, alors que chaque protagoniste semble rechercher sa propre mère ? Emilie s’accuse d’avoir tué la sienne: n’y a t-il pas de quoi devenir… fou ? Jonglant avec les pièces du jeu d’échecs comme autant de double-sens, l’auteure offre un récit à la dimension symbolique marquée. Le titre ne prendra sens qu’à la fin du récit, lorsque la boucle sera bouclée: Freud n’a-t-il pas dit que pour devenir un homme, il faut tuer le père?

Mes yeux valsent de la bouteille au sachet et du sachet à la bouteille, un rouge d’une écœurante similitude, deux contenus interchangeables, si intimement liés dans les veines de mon père, ceci est mon sang buvez-en tous, mes yeux s’affolent et j’en ai le tournis, j’essaie de fixer, sur le vide entre les deux liquides, cet espace qui me tient lieu de mère, et c’est là que le prénom s’impose: Vincent, c’est ça, vin-sang, ça lui ira, en hommage à ses deux grands-parents.

On retiendra de cette longue nouvelle ce qui fait la force des textes de Sabine Dormond, un mélange de finesse et d’humour quand bien même le texte est assez sombre, une forme de jeu sur les mots et les tournures qui fait mouche, particulièrement dans les dialogues.

Sabine Dormond
Les parricides
BSN Press, 2017
64 pp.

L’auteure: Sabine Dormond est écrivain et traductrice. Elle a présidé l’Association vaudoise des écrivains entre 2011 et 2015. Elle publie principalement des nouvelles et est l’auteur d’un roman. Elle est membre fondatrice d’un café littéraire appelé « Les dissidents de la pleine lune ».