26/11/2014

Prohibition de la vente d’alcool dès 21h dans le canton de Vaud : vers le référendum ?

Le Grand conseil vaudois a voté en première lecture l’interdiction de la vente d’alcool à l’emporter sur le territoire cantonal, dès 21h. Cela concerne tous les types d’alcool, à l’exception des vins. Voici quelques raisons, parmi d’autres, de luter contre l’instauration de la prohibition en terres vaudoises :

 

1. Une nouvelle punition collective. Comme dans le cas de la loi extrémiste Via Sicura, qui transforme tout automobiliste en criminel en puissance, ou de la loi sur les chiens, qui rend en pratique impossible la détention de certaines races, il s’agit de faire payer à l’ensemble des citoyens du canton les agissements d’une poignée d’individus. Parce que quelques personnes s’enivrent sur la voie publique (il s’agit d’un réel problème que personne ne nie, mais qui doit être traité autrement), ce sont 700'000 Vaudois qui ne pourront plus acheter d’alcool dès 21h. Il s’agit d’une mesure totalement disproportionnée.

 

2.  Des relents d’hygiénisme et de moralisme. Derrière les arguments de santé publique et de tranquillité, on comprend que les partisans de la prohibition entendent « changer les comportements », parce qu’il est encore un peu délicat de dire qu’ils entendent tout simplement changer l’Homme. Les tenants de cette loi, cette sainte alliance de la morale bourgeoise de droite et de la bien-pensance de gauche, nous préparent gentiment mais surement une société du bien, cauchemardesque, une société où l’Homme nouveau s’épanouira enfin débarrassé de ses tares, de ses addictions, de ses pulsions, de ses contradictions… Cette vision antihumaniste de l’Homme, qui s’apparente à une détestation de la nature humaine, ouvre la voie à toutes les dérives, toujours pour d’excellentes et très morales raisons. Cette vision de la société, où la vie humaine se déroule sous le regard bienveillant mais sévère d'un état paternaliste, n’est pas la notre.  

 

3. Un lausanno-centrisme détestable. Parceque Lausanne est confrontée régulièrement à des comportements problématiques, c’est l’ensemble du canton, dont une immense partie n’est pas concernée, qui doit en faire les frais.

 

4. La négation d’une culture et d’une tradition. Le canton de Vaud est un canton à tradition viticole et vinicole. Lors du vote au Grand Conseil, UNE SEULE voix a permis que le vin soit exclu de la loi : on comprend bien que si la loi est adoptée, c'est une question de quelques années, le temps que les « mentalités changent », avant que le vin soit lui aussi interdit à la vente en soirée. Le canton de Vaud, le canton de Lavaux (Patrimoine mondial) et de la Côte, le canton qui base (à juste titre) une partie de sa promotion touristique sur le vin et le terroir, le pays d’une multitude de cépages, de producteurs passionnés, de tout un savoir-faire et toute une tradition millénaire s’apprête à appliquer une loi de prohibition qui portera un coup sévère aux producteurs. Ceux-ci sont-ils donc si mal représentés au Grand Conseil ? Voilà qui ne manque pas d’étonner. Un pays qui interdit aujourd’hui la vente de bière, demain celle du vin, prétendument pour protéger sa jeunesse, tout en laissant celle-ci téter à longueur de journée Coca et Redbull par canettes de 5dl entières, est un pays en perte de repères.

 

Interdire la vente d’alcool dès 21h, c’est à peu près aussi utile que distribuer des pastilles d’iode autour de Mühleberg. Si vous aussi, vous êtes choqué par cette loi, je vous propose de me contacter : ensemble, nous réfléchirons aux moyens d’empêcher pareille ineptie, notamment, s’il le faut, et si nous avons les forces et le soutien politique nécessaire, au lancement d’un référendum.

 

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10:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)

21/08/2014

Fifty shades of Geri

En pleine langueur aoûtienne, le prétendu « Gerigate » fait les choux gras d’une presse nationale en recherche désespérée de sujets porteurs, les débats et commentaires sur le caractère particulièrement froid et pluvieux de cet été ayant, semble-t-il, fini par lasser dans les chaumières. La révélation de l’existence de « selfies nus » pris par Geri Müller a donc constitué une sorte d’apparition miraculeuse, un pain béni particulièrement bienvenu en cette période de disette rédactionnelle. Il faut dire que c’est du lourd. Tous les éléments de base permettant de monter en épingle une affaire sont en effet présents: sexe, politique et chantage, cette Sainte-Trinité médiatique dont la presse sait tirer les meilleures sagas. On va donc manger du Gerigate pendant un bon moment, n’en doutons point.

S’ajoute un autre élément : devant le grand frère français ou l'exemple américain, la Suisse apparaît toujours un peu mal à l’aise, complexée par sa petite taille : la voici qui enfin, comme le reste du monde, a droit à son homme politique pervers aux mœurs dépravées ! On le comprend, cette affaire montée de toutes pièces rend bien service en ce qu’elle permet de jouer la petite musique toujours très profitable commercialement du « nos élites corrompues », un air qui n’a pas son pareil pour faire vendre du papier. « Ha ! Enfin on le tient, notre Clinton national, notre DSK du pauvre ! Voyez, bon peuple, comme nos dirigeants sont corrompus, déconnectés de la vie normale ! Voyez comme nous, les braves petites gens sans histoire, menons des vies saines de labeur, et comme ceux qui nous gouvernent se repaissent dans le pêché, et avec nos impôts ! ». Que ce populisme est insupportable ! Que cette flatterie intéressée du bas peuple est détestable !

De scandale, il n’y en a évidement pas. Le fait qu’un homme se livre à des jeux érotiques avec une (une seule ? vraiment ?) femme, naturellement bien plus jeune que lui, fait d’avantage penser à une resucée bourbine de « Fifty shades of Gray » qu’à une affaire d’Etat ; on a vraiment les scandales qu’on mérite…. A vrai dire, le seul élément stupéfiant de l’histoire, c’est le niveau d’inconscience — certains diraient de bêtise — de l’élu qui s’est photographié nu dans son bureau, pendant ses heures de travail. Que cette forme extrême de naïveté constitue en soi déjà un motif d’appel à la démission, nous en convenons volontiers ! Mais qu’on ne vienne pas nous expliquer que Monsieur Muller est plus incompétent ou moins légitime qu’un autre pour siéger à la mairie ou sous la coupole.

Non, vraiment, ce qui apparaît choquant est moins le comportement de M. Muller que ce mélange nauséabond de pudibonderie et d’hypocrisie qui se répand depuis plusieurs jours. Le maire a des fantasmes et joue à James Bond, par smartphone interposé, avec une « relation virtuelle » : allons donc ! Qu’on laisse donc cette sorte de geek plus niais que dangereux s’amuser dans ses mondes virtuels, et qu’on en revienne éventuellement aux choses sérieuses !

Bien sûr, les citoyens qui l’ont élu préféreraient qu’il occupe son temps à servir sa commune qu’à photographier zizette : on le comprend volontiers. Mais de grâce, qu’on laisse sa sexualité en-dehors de l’espace public, et qu’on cesse de le faire passer pour un pervers, un psychopathe ou un prédateur en puissance ! Sommes-nous donc si pressés de ressembler à cette Amérique horriblement bien-pensante, où le seul fait de faire la bise à une collègue peut vous valoir une plainte pour harcèlement sexuel ? Où un gamin de six ans se fait renvoyer d’une école pour attouchements prétendus sur l’une de ces camardes de jeu ? D’où vient ce désir irrépressible, en Suisse, de vouloir singer les excès étasuniens les plus infâmes ?

Quand à l’attitude des Verts, elle est inqualifiable. Il n’a pas fallu attendre deux jours pour que Adèle Thorens, co-président du parti, vienne dire devant les caméras combien elle était « profondément triste et choquée ». Voici donc un parti qui défend prétendument le droit pour chacune et chacun de disposer de son corps, que ce soit en matière d’avortement, d’euthanasie ou sur la question du mariage homosexuel, et qui s’offusque à l’évocation d’une paire de gonades envoyée par WhatsApp ? Quelle hypocrisie, quelle tartuferie de la part d’un mouvement fondé par une poignée de babacools ! Que les années 70 semblent loin, vu d'ici !

Mais ne faut-il pas voir dans le lâchage, pour ne pas dire le lynchage, de l’élu écologiste par son propre parti une manière, pour ce dernier, de se débarrasser enfin d’un agitateur notoire et mal contrôlable ? On imagine que les positions parfois très affirmées de Geri Müller ont dû déplaire au sein des Verts, un parti en quête de « respectabilité » et qui semble déployer beaucoup d’énergie à expliquer qu’il n’est pas de gauche. Assurément, les positions pro-palestiniennes de Müller, tout comme son activisme en faveur d’une dépénalisation du cannabis ou son refus de hurler avec les loups contre la Russie (un pêché mortel, peut-être le plus grave de tous) lui ont valu de solides inimitiés au sein de l’aile droite des Verts, en position de force depuis l’accession aux responsabilités d’une nouvelle génération (Thorens, Girod, …) plus « réaliste ». Gageons que le piège dans lequel Müller s’est lui-même fourré aura constitué pour ses amis une occasion inespérée de se débarrasser de lui.

Reste la question de l’abus de pouvoir présumé, que la justice devra clarifier. Si Monsieur Muller devait s’en être rendu coupable, il devra bien entendu en assumer les conséquences. Mais si, sur le plan pénal, rien ne peut être reproché à Geri Muller, celui-ci reste tout à fait légitime à exercer ces fonctions de maire et de conseiller national, le fait de heurter la morale bien-pensante n’étant pas, pas encore, passible de poursuites.

09:44 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)