24/04/2020

Lettres romandes épisode No 11, entretien avec Olivier Maulin

Lettres romandes No. 11, entretien avec l'écrivain et critique littéraire Olivier Maulin

Au sommaire de cet épisode: Pandémie et mondialisation, modernité et progrès, politique et littérature, Le cheval rouge (Eugenio Corti), la question du populisme, champ littéraire et idéologie, la liberté d'expression en France, diversité du monde de l'édition, projets actuels, conseils de lecture, L'Homme surnuméraire (Patrice Jean).

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Lettres romandes est un podcast littéraire et irrégulier, proposant des entretiens approfondis avec des écrivains (format audio). 

23/10/2019

Jocelyne Haller, quand la gauche s’encouble dans la démocratie

Le renoncement de Jocelyne Haller constitue un petit scandale politique, comme avait été scandaleux le renoncement, en 2007, de Marianne Huguenin au profit d’un Josef Zisyadis pourtant sanctionné dans les urnes.

Du côté de Genève, Jocelyne Haller a donc « décidé » — qu’on nous permette ces guillemets quelque peu taquins — de ne pas siéger au Conseil national. Si la femme Jocelyne Haller avait cédé sa place à un homme, l’imagination manque pour envisager ce qu’auraient été les réactions. On aurait mangé de la phallocratie et du patriarcat pendant des jours, les rédactions auraient été inondées de courriers, sans doute aurait-on vu, en une émouvante « vague rose », des femmes d’autres partis se “solidariser”, c’est le cas de le dire, contre pareille démonstration de machisme, l’affaire se terminant probablement par une plainte en sexisme — comment ça, ce n’est pas possible ? — devant la mal-nommée Cour européenne des droits de l’Homme.

Par contre, que l’assistante sociale Jocelyne Haller soit en toute camaraderie invitée à céder sa place à la Professeure-e d’université Stéfanie Prezioso Batou ne semble pas choquer plus que cela. Cela n’intéresse pas, navré. Là, pour le coup, c’est silence radio, au sens propre du terme. Allô les studios, nous avons perdu Lausanne.

On observe, au parlement, une forte surreprésentation des universitaires. Voici que les électeurs genevois choisissent d’élire une représentante du monde du travail, une femme du terrain, engagée syndicalement. Voilà que les électeurs genevois, conscients de l’absence des petites mains au parlement, de ceux qui se lèvent tôt (on n’évoquera pas les ouvriers, c’est un vilain-mot), se voient privés de leur choix par les magouilles de notables d’extrême-gauche, et on regarde le sol en sifflotant. On s’éloigne, le mégaphone en berne, sur la pointe des pieds. La lutte des classes, dont un petit épisode vient pourtant de se jouer au bout du Lac, devient soudainement très abstraite, très théorique... Marx ? Connait pas ! Jamais entendu parler ! Marx vous dites ? Celui des Marx brothers, le clown ?

C’est qu’on entre ici dans le social, dans le dur. Une assistante sociale qui passerait devant une Professeure-e d’université ? Une plouc qui n’aurait pas même lu son Bourdieu ? Chez les Bourgeois-révolutionnaires de solidaritéS, on veut bien faire de la politique, on accepte de donner de soi en allant tracter le matin à Plainpalais, mais on attend quand même qu’une certaine hiérarchie sociale naturelle soit respectée ; on va où, sinon ? Et pourquoi pas envoyer une caissière à Berne, pendant qu’on y est ? Une coiffeuse ! On nage en plein délire ! Les Sans-papiers et les sans-papières, oui, trois fois oui ; pour les sans-Master, on est un peu moins sûrs ! Qu’elle rouspète donc, la Jojo, et on l’enverra se montrer à l’UDC : il parait que chez les bas-du-front, on fait même élire des paysans ! C’est à s’en fissurer une côte !

Remisée donc l’assistante sociale, mais en toute fraternité, grandes accolades, bouquets de fleurs et tutti quanti : on la ménagera d’autant qu’elle pourrait resservir pour une prochaine élection locale.

Encore faudrait-il parler d’un autre scandale dans le scandale, la cerise sur le gâteau à la crème frelatée, le renoncement de Jean Burgermeister, premier des viennent-ensuite et victime collatérale du temps présent. Son seul tort, croit-on comprendre, est d’être porteur d’un chromosome Y (anomalie génétique de plus en plus difficile à assumer pour qui veut tâter de la politique à gauche, il est vrai, mais enfin personne ne l’a obligé…). Les Genevois ont voté pour lui ? C’est qu’ils se sont trompés ! Il a obtenu nettement plus de voix que la troisième ? Calculs d’épiciers ! Aurait-on ajouté son nom à d’autres listes ? Aurait-on — on frissonne d’effroi rien qu’à y penser — voté pour lui précisément parce qu’il est un homme ? Les votants ne comprennent rien ! Allez savoir ce qui se trame dans le cerveau malade d’un électeur ; ces gens sont capables de tout ! Quoiqu’il en soit, les résultats annoncés, il a fallu repasser derrière pour réparer les dégâts… Et parce qu’on ne ménage pas sa peine, cette fois-ci, il a même fallu s’y reprendre à deux fois ! Si c’est pas une gauche combative, ça, je veux bien manger ma chapka !

Quant au monde du travail, le dindon éternel de ces farces qui font beaucoup rire à gauche, il regarde ce cirque de très loin, lui qui, par un instinct politique assez sûr, ne vote plus pour ces coquins depuis des lustres.

(opinion parue dans Le Temps du 30 oct 2019)

26/11/2014

Prohibition de la vente d’alcool dès 21h dans le canton de Vaud : vers le référendum ?

Le Grand conseil vaudois a voté en première lecture l’interdiction de la vente d’alcool à l’emporter sur le territoire cantonal, dès 21h. Cela concerne tous les types d’alcool, à l’exception des vins. Voici quelques raisons, parmi d’autres, de luter contre l’instauration de la prohibition en terres vaudoises :

 

1. Une nouvelle punition collective. Comme dans le cas de la loi extrémiste Via Sicura, qui transforme tout automobiliste en criminel en puissance, ou de la loi sur les chiens, qui rend en pratique impossible la détention de certaines races, il s’agit de faire payer à l’ensemble des citoyens du canton les agissements d’une poignée d’individus. Parce que quelques personnes s’enivrent sur la voie publique (il s’agit d’un réel problème que personne ne nie, mais qui doit être traité autrement), ce sont 700'000 Vaudois qui ne pourront plus acheter d’alcool dès 21h. Il s’agit d’une mesure totalement disproportionnée.

 

2.  Des relents d’hygiénisme et de moralisme. Derrière les arguments de santé publique et de tranquillité, on comprend que les partisans de la prohibition entendent « changer les comportements », parce qu’il est encore un peu délicat de dire qu’ils entendent tout simplement changer l’Homme. Les tenants de cette loi, cette sainte alliance de la morale bourgeoise de droite et de la bien-pensance de gauche, nous préparent gentiment mais surement une société du bien, cauchemardesque, une société où l’Homme nouveau s’épanouira enfin débarrassé de ses tares, de ses addictions, de ses pulsions, de ses contradictions… Cette vision antihumaniste de l’Homme, qui s’apparente à une détestation de la nature humaine, ouvre la voie à toutes les dérives, toujours pour d’excellentes et très morales raisons. Cette vision de la société, où la vie humaine se déroule sous le regard bienveillant mais sévère d'un état paternaliste, n’est pas la notre.  

 

3. Un lausanno-centrisme détestable. Parceque Lausanne est confrontée régulièrement à des comportements problématiques, c’est l’ensemble du canton, dont une immense partie n’est pas concernée, qui doit en faire les frais.

 

4. La négation d’une culture et d’une tradition. Le canton de Vaud est un canton à tradition viticole et vinicole. Lors du vote au Grand Conseil, UNE SEULE voix a permis que le vin soit exclu de la loi : on comprend bien que si la loi est adoptée, c'est une question de quelques années, le temps que les « mentalités changent », avant que le vin soit lui aussi interdit à la vente en soirée. Le canton de Vaud, le canton de Lavaux (Patrimoine mondial) et de la Côte, le canton qui base (à juste titre) une partie de sa promotion touristique sur le vin et le terroir, le pays d’une multitude de cépages, de producteurs passionnés, de tout un savoir-faire et toute une tradition millénaire s’apprête à appliquer une loi de prohibition qui portera un coup sévère aux producteurs. Ceux-ci sont-ils donc si mal représentés au Grand Conseil ? Voilà qui ne manque pas d’étonner. Un pays qui interdit aujourd’hui la vente de bière, demain celle du vin, prétendument pour protéger sa jeunesse, tout en laissant celle-ci téter à longueur de journée Coca et Redbull par canettes de 5dl entières, est un pays en perte de repères.

 

Interdire la vente d’alcool dès 21h, c’est à peu près aussi utile que distribuer des pastilles d’iode autour de Mühleberg. Si vous aussi, vous êtes choqué par cette loi, je vous propose de me contacter : ensemble, nous réfléchirons aux moyens d’empêcher pareille ineptie, notamment, s’il le faut, et si nous avons les forces et le soutien politique nécessaire, au lancement d’un référendum.

 

D’ici là, distribuez ce texte autour de vous, parlez-en, informez vos proches !

10:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)