21/08/2018

Parution de L'enfant aux étoiles

C'est avec un mélange de joie et d'une pointe d'appréhension que je vous annonce la sortie aux Editions de l'Aire de L'enfant aux étoiles, mon troisième roman. 

Pour ce livre, j’ai choisi de m’emparer de l’affaire du Temple solaire, ou pour être plus exact, le Temple solaire s’est emparé de moi, alors que je cherchais des idées pour l’écriture d’un polar devant se dérouler en Valais.

En 1994, 48 personnes perdirent la vie en Suisse, dont plusieurs enfants. Parmi eux, Emmanuelle, l'enfant aux étoiles. 

Emmanuelle Di Mambro était la fille de Joseph Di Mambro, Grand maître de l’Ordre du Temple solaire. Considérée comme le Christ du nouvel âge, vénérée par les adeptes, elle vivra recluse, protégée d’un monde extérieur perçu comme dégénéré et hostile. Ce livre raconte son histoire, ou ce qu'elle a pu être. 

Entre essai et roman, L’enfant aux étoiles évoque également les derniers jours de l'Ordre du temple solaire, et ébauche une réflexion sur l’ambivalence du bien et du mal.

J'aurai le plaisir de dédicacer l'ouvrage lors de différents rendez-vous en Suisse romande, notamment La fête du livre de Saint-Pierre-de-Clages, Le livre sur les quais ou le Festival du livre suisse de Sion. Ces quelques dates, et d'autres, sont annoncées sur mon blog. 

L'ouvrage peut être commandé auprès des Editions de l'Aire, dans votre librairie préférée, chez Payot ou encore à la FNAC

Je m'en remets désormais à votre jugement, et espère pouvoir recueillir votre avis, quel qu'il soit !

25/07/2018

La littérature n’existe pas ; La cinquième saison, si !

(Ce texte constitue l'édito du 3e numéro de la revue La cinquième saison)

Lancer une revue littéraire impose, dès lors que le projet est esquissé et une équipe constituée, que soient discutés un certain nombre de problèmes à la fois pratiques et théoriques.

Questions d’ordre organisationnel et logistique d’abord : lieux et fréquence des séances de rédaction, impression, stockage et distribution de la revue, gestion des abonnés, facturation, relations bancaires… Autant d’aspects aussi peu considérés qu’essentiels à l’éventuel succès de l’entreprise. Mais également — et surtout — enjeux philosophiques et identitaires : quelle revue voulons-nous offrir, et pour y servir quelle littérature ?

Dès les premières réflexions entamées, l’équipe de La cinquième saison a fait le pari de la qualité littéraire comme critère de sélection des textes. Ce choix ne relève pas de l’évidence, pas plus qu’il n’est particulièrement noble ou valorisant : il aurait en effet été possible, et tout aussi respectable, de miser sur le divertissement, sur le polar (qu’on dit à nouveau très à la mode, question de cycles), sur une production plus légère à même, peut-être, de séduire un lectorat élargi. Au sein du milieu romand de l’édition, certaines maisons ont choisi d’explorer ces différentes voies, et quelques-unes affichent un succès aussi insolent que mérité.

Les grandes lignes de la stratégie éditoriale fixées, s’est posée une question de définition : qu’est-ce que la qualité ? A la signification frustrante proposée par le dictionnaire (« ce qui rend quelque chose supérieur à la moyenne[1] »), il convient de préférer une approche plus sociologique : au sein du champ littéraire, une œuvre de qualité est une œuvre dotée de caractéristiques… d’ordre littéraire. Nous voilà donc au cœur du problème : quelles peuvent être ces caractéristiques qui permettraient de qualifier de littéraire tel texte, tandis que tel autre ne le serait pas, ou à un niveau différent ?

Fondamentale pour qui s’intéresse aux Lettres, la problématique de la définition de l’objet est au cœur d’un débat qui n’a jamais pu être clos de manière satisfaisante, écrivains, sociologues et penseurs ne pouvant qu’admettre leur échec à saisir une matière aussi fuyante. Pour Voltaire, un texte n’est jamais intrinsèquement littéraire. La littérature est reconnue comme telle par ceux (et, plus tard, celles !) qui la pratiquent : « La littérature désigne dans toute l'Europe une connaissance des ouvrages de goût[2]. », affirme l’auteur de Candide. Presque deux siècles plus tard, en 1948, Sartre publie un essai intitulé Qu’est-ce que la littérature[3] ? Après avoir distingué l’activité d’écriture d’autres formes artistiques (écrire n’est pas peindre, n’est pas composer de la musique…), Sartre affirme qu’écrire, c’est révéler. Il faut comprendre le terme dans son acception photographique, comme le processus permettant, à la suite d’un travail, de faire apparaître le réel. Défendant une conception engagée de l’écriture, Sartre considère que l’écrivain doit faire en sorte que personne ne puisse ignorer le monde. Laissant de côté l’arrière-plan idéologique d’une telle posture, nous pouvons retenir de cette autre approche l’idée selon laquelle serait littéraire un texte qui dévoile une certaine « vérité » ; définition ô combien problématique… A la même époque, le sociologue Robert Escarpit se refuse également à énumérer une suite de caractéristiques. Selon lui, « il est bien entendu que nous ne définissons la littérature par aucun critère qualitatif […] Est littéraire toute œuvre qui n’est pas un outil, mais une fin en soi. Est littéraire toute lecture non fonctionnelle[4]. »

Ces quelques exemples, on pourrait en citer tant d’autres, illustrent la variété des points de vue pouvant être portés sur la littérature. Cette absence de définition consensuelle, malgré les difficultés qu’elle entraîne, a un mérite, et non des moindres : elle rappelle que la littérature est un art avant d’être une technique, qu’elle a affaire à cette part de mystère qui caractérise les créations de l’esprit humain. En effet, sans consensus sur les critères de littérarité, l’application de recettes permettant de créer « à coup sûr » des productions de qualité est rendue incertaine, soulignant ainsi le rôle indépassable de l’Homme, non seulement dans la création, mais aussi dans le jugement critique des œuvres. Le temps des algorithmes et des intelligences artificielles capables de ressentir — et plus encore d’engendrer — des émotions, n’est pas venu ; pas certain, toutefois, qu’il en soit toujours ainsi. 

S’il apparait ainsi illusoire d’établir une fois pour toutes une liste d’éléments objectifs à partir desquels il serait possible d’affirmer ce qui fait le propre de la littérature, il convient de ne pas verser dans l’excès inverse, tant il serait absurde de considérer les œuvres de l’esprit comme des productions intrinsèquement insondables, réfractaires à toute analyse rigoureuse et systématique. Pareille conception romantique de la littérature relève du mythe ; elle est dangereuse en ce qu’elle finit toujours par aboutir à cette posture à la fois relativiste et paresseuse selon laquelle tout se vaut, véritable plaie qui semble avoir contaminé une large part de la critique d’art actuelle. L’époque décevante dans laquelle nous vivons apparait particulièrement propice à l’expansion de telles conceptions, la première s’accommodant fort bien, à moins qu’elle ne le précède, du mouvement général de nivellement par le bas touchant toutes les sphères de l’activité humaine.

N’ayons donc pas peur de le dire haut et fort : une revue littéraire, par définition, par essence, est destinée à exposer — à revendiquer ? — que tout ne se vaut pas. Une telle publication fonctionne d’abord comme un organe de sélection. En ce sens, parce qu’elle prétend distinguer le beau et le vrai de l’insignifiant et du médiocre, parce qu’elle affirme un principe fondamental d’inégalité, notre revue heurte frontalement l’esprit du temps : il faut s’en réjouir ! Car c’est bien ainsi que nous envisageons La cinquième saison, rigoureuse dans son exigence de qualité, ouverte et audacieuse dans ses choix.

***

Si l’idée d’une « essence littéraire » et d’une définition universelles ne peuvent aboutir qu’à une impasse, un consensus semble tout de même pouvoir être établi sur quelques critères de littérarité. En premier lieu, un écrit ne saurait être qualifié de littéraire que si sa finalité est esthétique et donc non utilitaire : c’est à ce titre que la poésie, bien souvent, est considérée comme la forme la plus pure de la littérature. Le style, la construction des phrases, les champs lexicaux, le rythme, l’utilisation de figures participent par exemple à l’expression d’une certaine esthétique. D’autres critères sont encore plus difficilement saisissable, qui relèvent des valeurs et thèmes travaillés par l’auteur, de son rapport au monde, de la « vie » qu’il parvient peu ou prou à insuffler à ses textes. A tort ou à raison, certaines thématiques sont ainsi considérées comme plus littéraires que d’autres, en fonction d’un contexte historique et culturel particulier.

Qu’en est-il de l’universalité de la littérature, bien souvent revendiquée, affichée comme une banderole prestigieuse ? D’aucuns considèrent qu’un texte parvenant à traverser les âges en se voyant successivement réapproprié constitue, par définition, une œuvre de la plus haute qualité. Pas de littérature sans réception, donc, et pas d’ouvrages sans lecteurs ! L’objet ne prend forme que lorsqu’il est recréé par l’esprit, au travers l’acte de lecture. Pour Sartre, le lecteur bénéficie d’une grande liberté lorsqu’il recrée la production d’autrui, et c’est précisément cette latitude dans l’interprétation et le jugement qui caractérise la littérature.

A ce stade, en savons-nous plus sur ce qui fait la littérature ? Et si nous laissions la parole, ou la plume, aux artistes ? Dans ce recueil, nous vous proposons quelques textes qui, croyons-nous, possèdent l’une ou l’autre des qualités discutées précédemment. S’agit-il pour autant de littérature ? D’écrits de qualité ? C’est à vous, lecteurs, d’en juger, sachant qu’en cette affaire comme en toute autre, le temps seul aura le dernier mot.

***

Pour ce troisième numéro, c’est sous la bannière des « épidermes » qu’ont été rassemblées plusieurs propositions d’auteurs romands : tous ont eu à cœur de prendre, vis-à-vis de ce thème suggéré, la plus grande des libertés. Épidermes mythifiés, caressés, négligés, engrossés, colonisés pour la gloire de la littérature ! 

Épidermique également pourrait être l’article érudit que Christian Ciocca consacre à Paul Valéry, contribution qui ne devrait pas manquer de susciter quelques débats dont nous ne pouvons que nous réjouir.

Comme dans les numéros précédents, La cinquième saison entend mettre la poésie à l’honneur : elle le fait en accueillant Anne Bregani et Gilbert Pingeon. Si chacun d’eux pratique la poésie du verbe, l’écrivain neuchâtelois illustre également ce numéro de ses fulgurances picturales toutes épidermiques.

Plus loin, Narcisse Praz, Marie-Claire Dewarrat et Adrien Gygax, parmi d’autres écrivains, évoquent le personnage qu’ils auraient aimé créer.

Refermant cette livraison avec élégance et justesse, l’éditeur Giuseppe Merrone honore la mémoire de la journaliste et écrivain Ariane Ferrier : disparue trop tôt, elle nous laisse un ouvrage[5] posthume forcément émouvant, qu’on lira pour les évidences simples et définitives qu’il recèle.

Non sans vous avoir souhaité une bonne lecture, nous concluons avec Sartre : « le monde peut fort bien se passer de la littérature. Mais il peut se passer de l'homme encore mieux. »


[1] Dictionnaire en ligne Larousse www.larousse.fr
[2] Voltaire, Dictionnaire philosophique, Paris, Flammarion, 2010
[3] Jean-Paul Sartre, « Qu’est-ce que la littérature ? », Situations II, Paris, Gallimard, 1948
[4] Robert Escarpit, Sociologie de la littérature, Paris, PUF, 1958
[5] Ariane Ferrier, La Dernière Gorgée de bière, Lausanne, BSN Press, 2017

22/11/2016

La Suisse est un village

C’est un très bel ouvrage collectif que font paraître les Editions de l’Aire. La Suisse est un village propose dix huit contributions d’écrivains qui racontent une ville à laquelle ils sont liés, qu’ils aiment ou connaissent bien; villes qui « obsèdent » ou qui « enchantent », pour reprendre les mots introductifs de l’éditeur.

La taille principalement moyenne des villes (Genève et Zurich y figurent aussi) rend celles-ci à la fois proches et accessibles, à échelle humaine somme toute; on y déambule volontiers à pied, meilleure et peut-être seule manière d’en saisir l’âme. La dialectique du moderne et de l’ancien (ou, souvent, du traditionnel) est présente dans de nombreux textes, et une certaine nostalgie se laisse souvent percevoir, qui renvoie au monde de l’enfance et aux premiers souvenirs. De qualité variable, tous les textes sont touchants: tous questionnent le rapport intime de l’homme aux lieux. Tous les auteurs, en somme, parlent un peu d’eux-mêmes dès lors qu’ils parlent de ces villes ou régions qu’ils aiment.

Ainsi de Pierre Yves Lador, qui propose de belles lignes consacrées à Château-d’Oex, ville presque sans histoire, ville non pas de montagne mais ville à la montagne et qui résiste, en une sorte de schizophrénie étonnante, au développement du tourisme de masse.

Ainsi de Cédric Pignat qui, dans un texte très bien écrit (la patte Pignat: belles phrases, mots choisis, sens du rythme) propose une balade emmenée dans le Moudon de l’enfance et des lieux inoubliés:

Alors on redescend au plus court, la pente et la dérupe, on glisse, on se laisse entraîner, on trébuche et on s’encouble, on fonce, on s’enfonce à se tordre la cheville, à finir les mains en sang et le cul terreux, quitte à se répandre sur le goudron de Gréchon. Et peu importe Saint-Amédée, la cure et son catéchisme maladroit, les digressions, les dupes et la politesse des confessions, les prétendus partages, les collages et les croix d’un calvaire avec pour seul point d’orgue la procession des cuisses de la confirmation; peu importe l’hôpital maltraité, la maternité, l’appendicite et les chemises de nuit; peu importe le cimetière et le jardin du souvenir, croit-on, jusqu’à ce qu’on se retrouve à l’école, et qu’un point nous assoie sur les marches de l’Ochette.

Ainsi de Annik Mahaim qui, dans le seul texte aux accents doucement militants du recueil, évoque avec pertinence l’enlaidissement architectural de cette Lausanne tant aimée, et la souffrance ressentie (elle n’est pas seule!) face à quelques hideuses réalisations plus ou moins contemporaines.

Christian Campiche évoque Schaffhouse, et à travers elle la personnalité de Walther Bringolf, figure incontournable et légendaire de la gauche alémanique que l’auteur entremêle au folklore local, aux légendes qui courent entre les ruelles de cette ville mal connue.

Alain bagnoud, parlant de Sion, semble rechercher des traces du petit garçon qu’il était; son beau texte résonne comme le regard qu’un homme porte sur sa vie.

Le Lausannois Olivier Sillig a quant à lui choisi un autre angle, évoquant Lausanne au travers d’une multitude de petites scènes de ville, regards touchants ou drôles sur quelques instants du quotidien. Sa contribution, peut-être la plus réussie de l’ensemble, est un vrai bonheur. D’ailleurs, les textes que nous avons préférés sont ceux qui s’éloignent paradoxalement le plus de la ville qu’ils évoquent, qui prennent le plus de distance par rapport à l’approche descriptive ou historique, rejetant tout discours à vocation touristique.

« La Suisse reste un village paisible », conclut l’éditeur dans sa préface, et c’est peut-être justement ce parti-pris qui nous laisse parfois sur notre faim. Si quelques textes sont critiques des évolutions de la localité évoquée, tous adoptent un point de vue bienveillant sur celle-ci et sur son développement, lui pardonnant ses erreurs et ses errances, comme on pardonne à ceux qu’on aime. Émane dès lors du livre le sentiment, pas désagréable par ailleurs, d’une Suisse parfois un peu idéalisée, d’une Suisse comme on aimerait qu’elle soit – ou peut-être qu’elle reste. Et peut-être manque-t-il parfois à certains textes une touche de folie, comme si l’auteur n’avait pas osé aller trop loin, comme s’il avait eu la crainte de se saisir de la ville comme d’une matière première littéraire, quitte à la malaxer et la malmener pour en tirer du neuf!

Ce livre très réussi ne prétend pas décrire une – ou dix huit – réalités; il est une multitude de points de vues artistiques, et donc intrinsèquement subjectifs, sur notre pays. Sa force consiste à nous rappeler qu’un certain cosmopolitisme n’est pas incompatible avec l’amour nostalgique des racines, de la terre et des lieux. Nous ne sommes jamais de nulle part.

La Suisse est un village
Collectif
Editions de l’Aire, octobre 2016, 170 pp.

Les auteurs: la plupart des auteurs sont suisses, quelques uns sont français. Parmi les dix-huit noms, mentionnons par exemple Christian Campiche, Alain Bagnoud, Annik Mahaim, Pierre Yves Lador, Olivier Sillig, Madeleine Knecht ou encore Cédric Pignat.