12/08/2019

Impressions vigneronnes

“Celui qui n’a pas aimé ce spectacle n’aime pas la vie”, me confiait ma voisine alors que s’achevait la samba de la Fête des vignerons. “J’ai septante-trois ans, je ne reverrai pas cette fête; vous si. Alors profitez de votre jeunesse”.

Et tout était dit. A Vevey, durant trois heures, on a célébré la vie, l’enchaînement éternel des saisons, l’immuable cosmologie, les grands et les petits mystères de l’univers. La Fête des vignerons ou la vigne comme allégorie; d’où la portée universelle d’un événement qui intrigue ou fascine le monde, d’où cette capacité qu’a cette Fête de parler au cœur de chacun, qu’il vive ou non près des terrasses de Lavaux. C’est notre rapport au monde et à l’espace, notre place aux cotés des animaux, des ceps et du coteau qui est mis en scène, au travers de symboles.

J’ai failli ne pas aller à la Fête des vignerons. De l’édition 1999 me revenaient des souvenirs diffus, rien de vraiment marquant, rien de désagréable non plus mais je n’avais évidemment pas compris grand chose à ce qui s’y était joué. Il faudrait oser dire que cette fête ne s’adresse pas à des jeunes gens de vingt ans: Dieu merci, ils n’ont que faire de la mort et se pensent éternels. Il faut avoir commencé d’admettre l’idée de la mort pour aimer la Fête des vignerons, qui ne parle que de l’hiver, de la terre sèche et stérile qui renaît, jusqu’à la prochaine vendange.
Une fête tous les vingt-cinq ans: il me semble que 1999 c’était hier, et pourtant rien n’est plus pareil, ceux qui étaient assis non loin ne sont plus; d’autres, entre temps, sont nés.

J’ai aimé ces trois heures qui, au fond, ne servent à rien. Trois heures de danse, de poésie, de musique comme offertes gratuitement (à qui ? à soi-même ? à la nature ? à Dieu ?). Une offrande certainement, la dimension religieuse d’une telle cérémonie est évidente, on remercie, et puis seulement on festoie. On prie les Saints et les Esprits pour que la terre continue de donner. Et puis il y a les gens, les figurants; des bénévoles, des amateurs. Fiers de montrer au monde qui ils sont et d’où ils viennent. Ils nous ressemblent. Des semaines, des mois d’un travail colossal pour produire vingt représentations d’un spectacle éphémère qui ne sera jamais plus rejoué. Pour produire quantité de costumes, de chansons, d’images qui ne serviront plus à rien. C’est évidemment parce que la Fête des vignerons est éphémère et rare, et parce qu’elle est en somme absurde, qu’elle relève du mythe.

Pourquoi le cacher, j’ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux – sans m’y attendre – et pas uniquement pour le Ranz des vaches. L’émotion vient de cet être collectif qui s’est créé à travers les heures de travail, les répétitions, le temps passé afin de pouvoir présenter vingt fois un tel spectacle. Un être collectif et généreux qui transcende les corps présents, une histoire de transmission aussi, entre générations du coin. Pareil effort est en lui-même émouvant, quelque chose est né de tout cela, quasi palpable entre les travées; on ne peut qu’avoir une pensée pour ces figurants qui vivront quelques jours ou semaines difficiles, désormais que tout est fini. Sans doute ne se réapproprie-t-on pas facilement – pas tout de suite – le quotidien après une telle expérience.

J’ai eu la chance de vivre l’ultime représentation. Sous un soleil éclatant, avec en toile de fond la rondeur du Mont Pèlerin, les coteaux vaudois, dans la magnificence de leur géométrique rectitude, dans la perfection de leur arrangement. Si je ne doute pas de la féerie des représentations nocturnes, j’ai aimé sentir ce soleil brûlant par-dessus nous, ce flux comme déversé sur l’arène. “La nuit le ciel est plus grand”, est-il dit dans le spectacle, mais de jour il est plus peuplé.

L’arène, justement, qui rassemble vingt milles personnes, un espace confiné et lui aussi temporaire (on regrettera l’absence de trouée vers le Léman, pourtant mis en valeur dans le tableau des pêcheurs) dont il ne restera aucune trace. La technologie est mise au service du projet artistique, sans effets de manche, intelligemment, subtilement. Apprenant que le spectacle se jouait sur un sol en LED, j’ai eu quelques craintes: de fait, les motifs et les images ne saturent pas l’espace, ils sont résolument au service des tableaux, se mêlent à l’ensemble. La sobriété, ici comme ailleurs, est gage de bon goût.

Plus que le Ranz des vaches, je veux retenir de cette Fête la samba finale, célébration rythmée par les peaux frappées des tambours et les percussions sur les cuves, une rythmique lancinante, primaire, lorsque spectateurs et figurants dansent à l’unisson et célèbrent les couleurs, le mouvement et l’amour. Et ce final de recommencer – privilège de la dernière représentation – parce que pas une âme, dans cette arène, ne semblait vouloir que le sortilège se rompe.

25/07/2018

La littérature n’existe pas ; La cinquième saison, si !

(Ce texte constitue l'édito du 3e numéro de la revue La cinquième saison)

Lancer une revue littéraire impose, dès lors que le projet est esquissé et une équipe constituée, que soient discutés un certain nombre de problèmes à la fois pratiques et théoriques.

Questions d’ordre organisationnel et logistique d’abord : lieux et fréquence des séances de rédaction, impression, stockage et distribution de la revue, gestion des abonnés, facturation, relations bancaires… Autant d’aspects aussi peu considérés qu’essentiels à l’éventuel succès de l’entreprise. Mais également — et surtout — enjeux philosophiques et identitaires : quelle revue voulons-nous offrir, et pour y servir quelle littérature ?

Dès les premières réflexions entamées, l’équipe de La cinquième saison a fait le pari de la qualité littéraire comme critère de sélection des textes. Ce choix ne relève pas de l’évidence, pas plus qu’il n’est particulièrement noble ou valorisant : il aurait en effet été possible, et tout aussi respectable, de miser sur le divertissement, sur le polar (qu’on dit à nouveau très à la mode, question de cycles), sur une production plus légère à même, peut-être, de séduire un lectorat élargi. Au sein du milieu romand de l’édition, certaines maisons ont choisi d’explorer ces différentes voies, et quelques-unes affichent un succès aussi insolent que mérité.

Les grandes lignes de la stratégie éditoriale fixées, s’est posée une question de définition : qu’est-ce que la qualité ? A la signification frustrante proposée par le dictionnaire (« ce qui rend quelque chose supérieur à la moyenne[1] »), il convient de préférer une approche plus sociologique : au sein du champ littéraire, une œuvre de qualité est une œuvre dotée de caractéristiques… d’ordre littéraire. Nous voilà donc au cœur du problème : quelles peuvent être ces caractéristiques qui permettraient de qualifier de littéraire tel texte, tandis que tel autre ne le serait pas, ou à un niveau différent ?

Fondamentale pour qui s’intéresse aux Lettres, la problématique de la définition de l’objet est au cœur d’un débat qui n’a jamais pu être clos de manière satisfaisante, écrivains, sociologues et penseurs ne pouvant qu’admettre leur échec à saisir une matière aussi fuyante. Pour Voltaire, un texte n’est jamais intrinsèquement littéraire. La littérature est reconnue comme telle par ceux (et, plus tard, celles !) qui la pratiquent : « La littérature désigne dans toute l'Europe une connaissance des ouvrages de goût[2]. », affirme l’auteur de Candide. Presque deux siècles plus tard, en 1948, Sartre publie un essai intitulé Qu’est-ce que la littérature[3] ? Après avoir distingué l’activité d’écriture d’autres formes artistiques (écrire n’est pas peindre, n’est pas composer de la musique…), Sartre affirme qu’écrire, c’est révéler. Il faut comprendre le terme dans son acception photographique, comme le processus permettant, à la suite d’un travail, de faire apparaître le réel. Défendant une conception engagée de l’écriture, Sartre considère que l’écrivain doit faire en sorte que personne ne puisse ignorer le monde. Laissant de côté l’arrière-plan idéologique d’une telle posture, nous pouvons retenir de cette autre approche l’idée selon laquelle serait littéraire un texte qui dévoile une certaine « vérité » ; définition ô combien problématique… A la même époque, le sociologue Robert Escarpit se refuse également à énumérer une suite de caractéristiques. Selon lui, « il est bien entendu que nous ne définissons la littérature par aucun critère qualitatif […] Est littéraire toute œuvre qui n’est pas un outil, mais une fin en soi. Est littéraire toute lecture non fonctionnelle[4]. »

Ces quelques exemples, on pourrait en citer tant d’autres, illustrent la variété des points de vue pouvant être portés sur la littérature. Cette absence de définition consensuelle, malgré les difficultés qu’elle entraîne, a un mérite, et non des moindres : elle rappelle que la littérature est un art avant d’être une technique, qu’elle a affaire à cette part de mystère qui caractérise les créations de l’esprit humain. En effet, sans consensus sur les critères de littérarité, l’application de recettes permettant de créer « à coup sûr » des productions de qualité est rendue incertaine, soulignant ainsi le rôle indépassable de l’Homme, non seulement dans la création, mais aussi dans le jugement critique des œuvres. Le temps des algorithmes et des intelligences artificielles capables de ressentir — et plus encore d’engendrer — des émotions, n’est pas venu ; pas certain, toutefois, qu’il en soit toujours ainsi. 

S’il apparait ainsi illusoire d’établir une fois pour toutes une liste d’éléments objectifs à partir desquels il serait possible d’affirmer ce qui fait le propre de la littérature, il convient de ne pas verser dans l’excès inverse, tant il serait absurde de considérer les œuvres de l’esprit comme des productions intrinsèquement insondables, réfractaires à toute analyse rigoureuse et systématique. Pareille conception romantique de la littérature relève du mythe ; elle est dangereuse en ce qu’elle finit toujours par aboutir à cette posture à la fois relativiste et paresseuse selon laquelle tout se vaut, véritable plaie qui semble avoir contaminé une large part de la critique d’art actuelle. L’époque décevante dans laquelle nous vivons apparait particulièrement propice à l’expansion de telles conceptions, la première s’accommodant fort bien, à moins qu’elle ne le précède, du mouvement général de nivellement par le bas touchant toutes les sphères de l’activité humaine.

N’ayons donc pas peur de le dire haut et fort : une revue littéraire, par définition, par essence, est destinée à exposer — à revendiquer ? — que tout ne se vaut pas. Une telle publication fonctionne d’abord comme un organe de sélection. En ce sens, parce qu’elle prétend distinguer le beau et le vrai de l’insignifiant et du médiocre, parce qu’elle affirme un principe fondamental d’inégalité, notre revue heurte frontalement l’esprit du temps : il faut s’en réjouir ! Car c’est bien ainsi que nous envisageons La cinquième saison, rigoureuse dans son exigence de qualité, ouverte et audacieuse dans ses choix.

***

Si l’idée d’une « essence littéraire » et d’une définition universelles ne peuvent aboutir qu’à une impasse, un consensus semble tout de même pouvoir être établi sur quelques critères de littérarité. En premier lieu, un écrit ne saurait être qualifié de littéraire que si sa finalité est esthétique et donc non utilitaire : c’est à ce titre que la poésie, bien souvent, est considérée comme la forme la plus pure de la littérature. Le style, la construction des phrases, les champs lexicaux, le rythme, l’utilisation de figures participent par exemple à l’expression d’une certaine esthétique. D’autres critères sont encore plus difficilement saisissable, qui relèvent des valeurs et thèmes travaillés par l’auteur, de son rapport au monde, de la « vie » qu’il parvient peu ou prou à insuffler à ses textes. A tort ou à raison, certaines thématiques sont ainsi considérées comme plus littéraires que d’autres, en fonction d’un contexte historique et culturel particulier.

Qu’en est-il de l’universalité de la littérature, bien souvent revendiquée, affichée comme une banderole prestigieuse ? D’aucuns considèrent qu’un texte parvenant à traverser les âges en se voyant successivement réapproprié constitue, par définition, une œuvre de la plus haute qualité. Pas de littérature sans réception, donc, et pas d’ouvrages sans lecteurs ! L’objet ne prend forme que lorsqu’il est recréé par l’esprit, au travers l’acte de lecture. Pour Sartre, le lecteur bénéficie d’une grande liberté lorsqu’il recrée la production d’autrui, et c’est précisément cette latitude dans l’interprétation et le jugement qui caractérise la littérature.

A ce stade, en savons-nous plus sur ce qui fait la littérature ? Et si nous laissions la parole, ou la plume, aux artistes ? Dans ce recueil, nous vous proposons quelques textes qui, croyons-nous, possèdent l’une ou l’autre des qualités discutées précédemment. S’agit-il pour autant de littérature ? D’écrits de qualité ? C’est à vous, lecteurs, d’en juger, sachant qu’en cette affaire comme en toute autre, le temps seul aura le dernier mot.

***

Pour ce troisième numéro, c’est sous la bannière des « épidermes » qu’ont été rassemblées plusieurs propositions d’auteurs romands : tous ont eu à cœur de prendre, vis-à-vis de ce thème suggéré, la plus grande des libertés. Épidermes mythifiés, caressés, négligés, engrossés, colonisés pour la gloire de la littérature ! 

Épidermique également pourrait être l’article érudit que Christian Ciocca consacre à Paul Valéry, contribution qui ne devrait pas manquer de susciter quelques débats dont nous ne pouvons que nous réjouir.

Comme dans les numéros précédents, La cinquième saison entend mettre la poésie à l’honneur : elle le fait en accueillant Anne Bregani et Gilbert Pingeon. Si chacun d’eux pratique la poésie du verbe, l’écrivain neuchâtelois illustre également ce numéro de ses fulgurances picturales toutes épidermiques.

Plus loin, Narcisse Praz, Marie-Claire Dewarrat et Adrien Gygax, parmi d’autres écrivains, évoquent le personnage qu’ils auraient aimé créer.

Refermant cette livraison avec élégance et justesse, l’éditeur Giuseppe Merrone honore la mémoire de la journaliste et écrivain Ariane Ferrier : disparue trop tôt, elle nous laisse un ouvrage[5] posthume forcément émouvant, qu’on lira pour les évidences simples et définitives qu’il recèle.

Non sans vous avoir souhaité une bonne lecture, nous concluons avec Sartre : « le monde peut fort bien se passer de la littérature. Mais il peut se passer de l'homme encore mieux. »


[1] Dictionnaire en ligne Larousse www.larousse.fr
[2] Voltaire, Dictionnaire philosophique, Paris, Flammarion, 2010
[3] Jean-Paul Sartre, « Qu’est-ce que la littérature ? », Situations II, Paris, Gallimard, 1948
[4] Robert Escarpit, Sociologie de la littérature, Paris, PUF, 1958
[5] Ariane Ferrier, La Dernière Gorgée de bière, Lausanne, BSN Press, 2017

18/05/2018

Un jour en ville, de Daniel Tschumy

La trame, somme toute, est classique. Un homme seul parcourt la ville, laissant ses pas l’entraîner en des lieux familiers : à mesure qu’il arpente telle avenue, qu’il revoit telle devanture de bistrot ou telle entrée d’immeuble, reviennent à lui les souvenirs de moments vécus à l’endroit même, de rencontres futiles ou marquantes, de fragments plus ou moins oubliés d’une existence confuse.

C’est dans une institution des hauts de Lausanne que débute Un jour en ville. Hors de la vue du narrateur, les aides-soignants ont levé Robin et l’ont installé dans son fauteuil électrique, « un transfert délicat qu’il préfère épargner à ses proches » : l’homme à qui le narrateur rend visite ce jour-là est gravement malade. Partant de cette chambre, le périple en ville de ce dernier durera une journée : il servira de prétexte à l’évocation du destin croisé des deux hommes.

A travers Lausanne, le narrateur voit le rythme lent de sa marche s’accorder au tempo des années qui ne sont plus : la chronologie de son amitié avec Robin s’étire des jours fougueux de la jeunesse jusqu’à une déchéance précoce, vécue dans l’impuissance par les deux hommes, chacun à sa manière. Au-delà des aléas et des transformations, alors que tout change et que tout passe, la ville parait comme un repère, réconfortante de sa relative immuabilité.

La fuite du temps et l’angoisse qu’elle génère sont au cœur du projet littéraire porté par Tschumy, comme dans cette scène poignante où le narrateur recherche, dans l’une de ses dernières demeures, les vestiges de son ami, ces deux poignées brillantes enfichées dans un mur et qu’il utilisait pour se hisser depuis sa chaise roulante ; ultimes traces concrètes d’une existence condamnée. Assistant à l’avancée inéluctable du mal qui emportera Robin, le héros prend conscience qu’il est lui-même en sursis : à cinquante ans, la vieillesse n’est déjà plus cette hypothèse si lointaine et forcément inacceptable, elle se confond avec l’horizon. C’est certainement dans cette rencontre avec une mort toujours insinuée, dans cette posture de l’homme sommé par les événements de tirer un bilan de sa vie, que le récit gagne en profondeur métaphysique : qu’est-ce qui fait un Homme, interroge l’auteur ?

Certes, Tschumy cède parfois à quelques facilités : fallait-il ainsi que Robin fût jadis un sportif confirmé ? Était-il indispensable, afin de rendre le récit plus pathétique encore, de créer cet effet de contraste entre le corps athlétique d’hier et l’enveloppe malade d’aujourd’hui ? Dans le même ordre d’idée, on pourrait regretter chez l’écrivain lausannois un certain penchant pour la surenchère, tant le récit est chargé en drames se télescopant les uns les autres jusqu’au vertige, notamment en seconde partie ; or par effet de saturation, l’accumulation de ces situations douloureuses tend, à l’inverse de l’intention, à affaiblir la dimension tragique du roman. Peut-être conscient de ce travers, et comme pour en compenser les effets, Tschumy fait preuve d’une remarquable rigueur formelle au long de ses pages, s’interdisant tout épanchement syntaxique et toute pesanteur de la plume : le style est agréable et sobre, jusqu’à passer parfois, à tort sans doute, pour un brin paresseux.

J’émerge du vallon et pénètre à nouveau dans le royaume, ses grottes, ses cavernes, ses sapins alourdis. Je reprends une cadence plus vive le long d’étroits passages transpercés par des flèches de lumière, et des traces précèdent les miennes soudain. Ce ne sont pas celles des habituels promeneurs de chiens rappelant à l’ordre leurs protégés. Ce sont les traces de Nadia menant son existence de main de maître jusqu’au 30 novembre 2008. Ce sont les traces de Robin au ravitaillement de l’hôtel Weisshorn, le dimanche 11 août 1991, direction Zinal où l’accueillera un record qu’il n’égalera plus.

Premier roman à la tonalité résolument nostalgique, Un jour en ville touche juste dans sa manière d’évoquer la vie comme une succession de trajectoires peu contrôlables. Tschumy déconstruit avec talent cette véritable mécanique de l’absurde, suite d’événements vécus sans réelle emprise sur eux, sans même la volonté de leur donner un sens. Dans ce drame, le rôle joué par le décor est important : ici la ville n’est pas un simple paysage, elle agit comme génératrice d’émotions, interrogeant l’histoire personnelle des protagonistes et permettant de révéler l’intimité du narrateur. Est-ce toutefois l’effet de l’écriture en « je » ? On regrettera une structure narrative sans surprises, et ce sentiment ressenti parfois de tenir entre les mains un « livre-thérapie », roman introspectif dont on ne sait pas bien s’il a été écrit d’abord pour la gloire de la littérature, ou pour le salut de l’auteur lui-même.

Daniel Tschumy, Un jour en ville, Bernard Campiche, 2017, 184 p.

Critique publiée dans le numéro 2 de la revue La cinquième saison.